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Écrit par Angel   
Dimanche, 14 Juin 2009 16:00

Des Dieux…
Une chose rare en soit, plus que rare même…
Mais cette fois, des Dieux hostiles.
Malgré toutes ses tentatives de conciliation et ses offres de paix, Lucifer avait dû envoyer Baal et ses troupes, appuyés par Hécate et une partie des siennes aux portes de Dis, et au devant des troupes ennemies, juste sur le plan voisin.
Avec la menace à ses portes, et nombre de ses enfants déjà exécutés, le Seigneur Noir n'avait plus d'autre choix que d'attaquer…
Malgré leurs différents, les deux princes coopéraient donc pour défendre les portes des Enfers.
Plus silencieuse qu'une tombe, Hécate, à la tête d'une partie de ses troupes, avait rejoint Baal, et comme indiqué dans son ordre, menait ses hommes sous les "conseils" de celui-ci, bien à contre cœur.
Efficace comme toujours, elle accompagnait Baal à la tête de leur armée, dirigeait ses hommes avec brio, et suivait sans broncher les directives du Prince de la Guerre, sans jamais protester ni faire la moindre réflexion, ni même la moindre remontrance…
Baal appréciait à leur juste valeur les renforts même si…
Il ignorait comment se comporter avec l'ancienne Déesse. Il s'attendait toujours à une explosion de violence et de haine, et plus que tout, il en craignait une comme celle qui lui avait valu deux fils…
Avec un léger frisson, il chassa cette idée de son esprit.
Rien ne servait d'envisager le pire, et surtout pas en cette période trouble pour la Cité.
Le pire….
Un petit sourire menaça de s'inscrire sur ses traits mais il le repoussa rapidement.
Il se doutait aisément que nombre de ses pairs auraient apprécié être à sa place ce jour là….
Sentir la douceur de sa peau sous ses paumes, ses lèvres sur les siennes, voir le plaisir sur ses traits, ses soupirs…
Le Prince Démon de la Guerre se rappela à l'ordre.
Ce genre de digressions n'étaient pas de mises, et encore moins dans une telle situation.
Malgré tout il ne put que jeter un regard rapide vers le Prince Démon de la Police….
Quoi qu'elle fasse, quelles que soient les circonstances, Hécate avait toujours la même prestance, le même charisme…la même beauté…
Avec un autre soupir à peine contenu, il flatta l'encolure de sa monture, et se remit en route.

Le terrain escarpé sur lequel ils avançaient les empêchait de poursuivre leur chemin à dos de monture, et ils devaient les mener par la bride. Coupés de leur route par une troupe bien plus puissante que prévue, ils avaient dû sonner la retraite, au plus grand regret du Prince de la Guerre, mais n'avaient pas eu le temps de regagner le passage vers la Cité.
A présent, ils essayaient de retrouver leur chemin vers ce passage, à condition que leurs adversaires ne l'aient pas trouvé avant eux…

Ils marchaient maintenant depuis plusieurs heures, en file indienne ou gardant les rangs, suivant que la largeur du sentier le permettait ou non.
Après les montagnes, le fleuve traversé de justesse, et les forêts à répétitions, Baal pensait retrouver des conditions de voyage descentes, mais déchanta très vite.
Il savait à présent le pourquoi de multiples conifères, sorte de croisement entre un sapin et un saule pleureur: devant lui, un vaste plateau battu par des vents violents, et recouvert d'un bon mètre cinquante de neige, d'après ce qu'il avait simplement à ses pieds au sortir du bois.

Large de cinq cent mètres environ, long de plusieurs kilomètre, le plateau neigeux semblait sûr. Pas de bosquet, pas de débordements rocheux, rien qui puisse servir de camouflage à des troupes, même réduites, et encore moins à une armée comme celle qui les avait repoussée jusque ici.
Seules quelques collines boisées entouraient l'endroit, mais aucune armée digne de ce nom ne les auraient choisies pour une embuscade: trop escarpée, couvertes d'épaisses forêt peu accessibles, elles présentaient plus de risques pour l'agresseur que l'agressé: les rochers saillants étaient synonyme de mort pour les soldats qui, trop pressés de donner l'assaut n'auraient pas pris suffisamment de précautions pour descendre, sans compter les buissons et autres épineux qui se dressaient en rangs serrés.
Pourtant…
Face à cette étendue neigeuse vierge du moindre pas ou de la moindre trace, même animale, le Prince de la guerre n'était sûr de rien. Tout lui semblait trop calme, trop simple…
Comme si tout ici criait "traversez vous ne risquez rien", et il n'aimait pas cela le moins du monde…
Après une boucle qu'il espérait suffisante pour contourner les troupes ennemies, ils devaient être proche du passage qui les ramènerait au bercail. Il ferait son rapport à Lucifer, et repartirait de suite avec des troupes suffisantes pour mettre fin à cette menace. Son instinct lui dictait qu'ils touchaient au but, mais il lui soufflait aussi que ce plateau enneigé était la pire chose qui pouvait leur arriver….
Il fallait pourtant prendre une décision, et c'est la mort dans l'âme qu'il donna ordre d'avancer…

Il s'engagea sur l'étendue dégagée le premier, tenant toujours son cheval par la bride, suivi de près par Hécate, remontée en selle.
Sur ses gardes, le Prince Démon de la Guerre jetait des coups d'œil impatients de droite et de gauche, toujours à l'affût du moindre mouvement, de la moindre présence qui se ferait sentir…
Ainsi, quand ils furent à découvert depuis une centaine de mètres environ, un infime mouvement à ses pieds accrocha son regard et il abattit sa hache sans réfléchir plus avant.
Le pauvre lapin des neiges aux yeux violet et aux oreilles couvertes de fines plumes de duvet tremblait jusqu'au bout de ses moustaches, peu habitué qu'il était à voir une hache de près de quatre mètres tomber à quelques millimètres de son museau.
Baal resta une seconde interdit, incrédule devant l'adversaire terrifiant qu'il avait failli couper en deux. Ainsi donc, ce petit mouvement n'était qu'un lapin blanc caché dans la neige et que leurs pas approchants avaient effrayé…
Rageur il releva son arme, et l'animal ne se fit pas prier pour déguerpir aussi rapidement que le lui permettaient ses courtes pattes pour se mettre à l'abri de la montagne rouge et cornue à l'air mécontent…
Avec un soupir, le Prince de la Guerre se remit en route, et regarda droit devant lui, se refusant à croiser le regard de l'ancienne déesse non loin de lui, persuadé d'y lire un mépris et un dégoût sans borne.
Pourtant il ne méritait pas tout ceci. Il voulait simplement s'assurer que tout le monde rentrerait à Dis, et certes, s'il avait pris un lapin pour un ennemi mortel l'espace d'un instant, ce n'était que par excès de zèle, rien d'autre! Après tout, il veillait sur elle aussi même s'il ne disait rien et…

Un frisson remonta le long de son dos et il releva la tête avant de se figer.
Quelque chose clochait.
Quelque chose clochait salement, il en était absolument certain cette fois.
Attentif, il scrutait les alentours, laissant libres quelques fils d'aura pour une surveillance et une vérification accrues….
A ses coté, Hécate masqua à peine un soupir agacé, et s'agita sur sa selle.
La méfiance de Baal poussait au ridicule d'après elle, mais elle ne pipa mot.
Depuis le début de cette mission, elle restait plus silencieuse qu'une tombe, et ne desserrait les lèvres qu'en cas d'absolue nécessité.
Consciente que voir leurs meneurs en perpétuelle opposition ne ferait que semer le doute dans l'esprit des troupes, elle préférait garder le silence et suivre les directives de Baal, qui s'avéraient excellentes jusque là, elle-même était bien forcée de l'admettre.
Elle savait parfaitement que le temps n'était pas aux chamailleries et aux luttes intestines, mais malgré tout, elle ignorait si, en prenant la parole, elle serait capable de retenir les piques et les reproches qui ne manquaient jamais de lui monter aux lèvres en présence du Prince de la Guerre.
Sans compter que Baal, lorsqu'il prenait son air désolé de petit garçon coupable surpris en plein chapardage de biscuits, ne faisait rien pour l'aider à se calmer.
Elle avait beau être un Prince Démon, elle restait une femme, et lui, presque deux fois plus grand qu'elle, n'aurait pas dû se laisser traiter ainsi.
Rien que cette fois, après un conseil, quand elle était partie le trouver dans son jardin, il n'aurait pas dû se laisser faire ainsi il n'aurait pas dû la laisser…
Elle chassa immédiatement le souvenir de sa seule et unique étreinte avec le grand Prince de son esprit, et détourna les yeux.
Elle se souvenait encore de ses mains sur sa peau, de sa chaleur, de son aura à cet instant…
Une légère rougeur s'installa sur ses joues et elle se frappa mentalement pour oser avoir de telles pensées.
Non seulement le moment et le lieu étaient mal choisis, mais il s'agissait d'un assassin, d'un meurtrier qui avait abattu les siens de sang froid, qui les avait mis à mort presque avec plaisir, tonna-t-elle intérieurement. Il les a massacrés, il….

Mais elle n'eut pas le loisir de pousser plus loin son auto persuasion: des cris approchant la tirèrent de ses pensées et aussitôt son arme apparu dans ses mains.
Elle pesta encore contre le Prince de la Guerre: elle se sentait trop en sécurité juste à ses cotés, en tête de leurs troupes, elle lui faisait trop confiance…
A quelques mètres en avant, Baal tenait déjà sa hache prête à frapper.
Sans qu'il sache d'où ils venaient exactement, ni comment une troupe de cette taille avait réussie à échapper à sa surveillance, leur ennemis les avaient pourtant bernés, et à présent, ils se retrouvaient attaqué sur les flancs par deux groupes.
A vue de nez les forces étaient plutôt équilibrées: un contre un…
Un sourire mauvais se dessina sur les lèvres du Prince de la Guerre. Ainsi donc, cette bande de débutants voulait jouer au plus fin avec lui…?
Avec un cri rageur, il se lança à l'attaque, et ses troupes l'imitèrent sans tarder.
Celles de Hécate, plus disciplinées, attendirent l'ordre d'assaut que leur prince leur donna à peine Baal partit.
Jouant de sa hache, le Prince de la Guerre coupait, tranchait, hachait et débitait sans retenue.
Puisque ses ennemis étaient venu le chercher jusque là, il était bien décidé à leur faire honneur et à combattre comme jamais.
Il semait les cadavres sur son passage, et traçait une plaie béante dans les rangs serrés de leurs adversaires. Sans jamais se préoccuper des quelques imprudents qui tentaient leur chance contre lui, et encore moins à leurs ridicules coups d'épée ou de lance, égratignures sur son grand corps d'aura, il réduisait les effectifs d'en face avec une efficacité étonnante.
Non loin de là, Hécate se défendait avec tout autant d'ardeur, retournant contre ses adversaires toute la haine, le dégoût et le mépris qu'elle se forçait de montrer au Prince de la Guerre.
Galvanisés par l'attitude de leurs supérieurs, les démons se défendaient mieux que jamais, et tous infligeaient de grosses pertes aux rangs ennemis.
Après un combat aussi rapide que sanglant, alors que la victoire semblait à leur portée, une autre troupe débarqua de font.
Aussitôt, tous se redressèrent et s'apprêtèrent à faire face.
Il n'était pas question pour eux de perdre maintenant, pas après les dommages infligés au camp adverse…
Cette fois pourtant, les démons ne purent garder leur cohésion face à la vague qui déferlait sur eux, et rapidement, ils se trouvèrent isolés par petits groupes de cinq parfois dix dans le meilleur des cas.
Tous se défendaient pourtant avec la dernière énergie, et même si rien n'était gagné d'avance, les démons étaient bel et bien décidés à faire pencher la balance en leur faveur…

Ce n'est qu'après plusieurs heures de combats sanglants, alors que le jour offrait ses dernières lueurs, que les combats prirent lentement fin.
Les démons, victorieux une fois encore, mais avec de nombreuses pertes, se regroupaient tant bien que mal, soignaient les blessés, et tentaient de récupérer les chevaux qui avaient fuis pendant la bataille, ou à défaut, de retrouver leur chargement de vivres, ou de nécessaire de premiers secours.
Des camps se formaient ça et là, plus ou moins confortables et pratiques, démons d'Hécate et de Baal se mêlant pour une fois sans y prendre garde. Avec les moyens du bord – arbres morts, matériel récupérer sur des cadavres ou bien sur les chevaux retrouvé – la plupart finirent par être suffisamment abrités pour passer la nuit, quittant le plateau pour les collines boisées alentour, plus sûres, et plus abritées.
Les quelques Seraphels qui avaient pris les choses en main se demandaient pourtant où pouvaient bien être Baal et Hécate.
Certains démons affirmaient avoir vu le Prince de la Guerre se déchaîner et réduire à rien des centaines d'hommes avant de l'avoir perdu de vue, pendant que d'autres maintenaient avoir aperçu Hécate en mauvaise posture…
Pourtant, la fatigue, le froid plus mordant, la tempête et la nuit aidant, tous décidèrent de repousser les recherches au lendemain. Ils seraient bien plus efficaces, et des secours perdus dans les collines en pleine nuit au milieu de la tempête ne serait d'aucune utilité aux deux princes…

*****

Pendant le combat, loin à l'écart du gros des troupes et malgré les apparences, Baal gardait toujours un œil sur le Prince de la Police.
Sans qu'il puisse s'en empêcher, son regard revenait toujours vers elle, surveillant ses arrières…
Non pas qu'il la considère comme incapable de se défendre, il savait parfaitement qu'elle était plus que redoutable une arme à la main, mais sans cesse il revenait à elle, sans cesse il maintenait sa protection, lointaine et silencieuse, et pourtant bien présente.

Il avait été bien inspiré.
Alors même qu'il la cherchait du regard, après des heures de combat acharné, il la vit, toute proche.
Du sang maculait son visage, ses mains et ses cheveux, et son cœur manqua un battement.
Découpant et tranchant toujours, il s'avança vers elle, et plus il s'approchait, plus il accélérait.
Au milieu des combats, la neige, le vent et le froid s'étaient lancé dans la partie eux aussi, et seule l'aura des démons les empêchait de geler lentement. De toute évidence, leurs adversaires étaient vaccinés contre ces conditions climatiques extrêmes, et ne semblaient pas dérangés par les intempéries.
Baal lui, avait de longtemps céder à l'inquiétude et la crainte: Hécate semblait épuisée, à bout de force, elle levait son arme avec difficulté, comme si son fleuret pesait à présent plusieurs tonnes.
Tâchant de garder la tête froide, le Prince de la Guerre traçait son chemin sans la quitter des yeux. C'est ce moment que choisit un officier ennemi pour se jeter sur lui, une épée dans chaque main. Il se défendait mieux que la piétaille, c'était certain, mais pas suffisamment pour faire face au redoutable Prince de la Guerre, de méchante humeur de surcroît.
Hélas, quand il fut finalement débarrassé de son empêcheur de sauver en rond, au bout de dix, vingt, trente minutes, impossible de le savoir, Baal ne vit plus Hécate.
Là où elle se tenait à son dernier coup d'œil, plus rien, juste une pile de cadavre.

Sans plus se préoccuper du combat autour de lui, le Prince de la Guerre s'était précipité, repoussant cadavres et blessés, prenant à peine plus de soin s'il s'agissait de démons et non de leurs agresseurs…
La neige et le vent qui lui cinglaient le visage ne l'aidaient en rien dans sa tâche mais finalement, avec un soupir de soulagement, il trouva celle qu'il cherchait.
Allongé dans la neige, inconsciente, les lèvres légèrement bleues, le Prince de la Police gisait.
Après un rapide coup d'œil au champ de bataille, Baal prit sa décision.
Il prit délicatement l'ancienne déesse dans ses bras, et avisa les bois non loin.
Vu son état, Hécate avait besoin de chaleur et de repos, et les collines toutes proches semblaient le meilleur endroit où trouver un abri.
Sur le plateau, la neige était à présent teintée de rouge, et réduit par endroit à une simple masse boueuse et noircie. Le vent soufflait toujours plus fort balayant l'étendue du champ de bataille à l'affût du moindre corps auquel se heurter.
Avec un dernier coup d'œil, le Prince de la Guerre vérifia ce qu'il savait déjà: leurs troupes avaient gagné la bataille à défaut d'avoir gagné la guerre. Il pouvait sans crainte partir chercher un abri de son coté, comme le faisaient au loin ses hommes qui se regroupaient…

Luttant contre le froid, le vent et la neige qui se déchaînaient, Hécate toujours étroitement serrée dans ses bras, Baal commençait à envisager le pire, quand la chance lui sourit enfin.
Non loin de lui, sur le flanc d'une colline aux versants plutôt escarpés, entre les grands arbres qui poussaient là sur cette terre désolée, battue par les vents et la neige quand elle n'était pas carbonisée par le soleil, l'entrée d'une grotte semblait n'attendre qu'eux…

Ravi de sa bonne fortune après des heures d'errance au milieu de nulle part, le Prince Démon accéléra sa marche, et il ne lui fallut que quelques minutes, mais qui furent bien trop longues à ses yeux, pour arriver à destination.
Dès qu'il entra, un soupir de soulagement franchi ses lèvres avant même qu'il ait pu le retenir.
Ils avaient un abri pour la nuit à présent, et même s'il ne faisait guère plus chaud dans la grotte que dehors, le vent et la neige ne leur cinglaient plus le visage telles des centaines de lanières de cuir…

Il avança dans la grotte: une vingtaine de mètres après l'entrée, celle-ci formait une sorte de coude, créant un alcôve où les courants d'airs ne se glissaient pas aussi facilement que dans le reste de la cavité.
Sans hésiter, le Prince Démon posa délicatement son fardeau à terre, et sans attendre, ressortit.
Il lui fallait de quoi nourrir un feu, et rapidement.
Appelant sa hache à son secours, il n'alla pas très loin une fois dehors: un arbre de l'espèce de conifère qui semblait pousser partout, mort, probablement frappé par la foudre comme plusieurs autres de ses confrères, trônait là, tout près à être débiter en bûchettes pour feu de camp…

Il l'abattit d'un seul coup.
Le tranchant de sa hache en pâtirait sans doute, mais ce n'était pas son principal soucis: ses ennemis ne verraient pas la différence, et dans le pire des cas, il lui suffirait de taper un peu plus fort pour obtenir le même résultat…
Il débita donc le tronc en plusieurs grosses bûches, alors qu'il découpait quelques grandes branches effilées en plus petits morceaux.
Dès son travail de bûcheron terminé, il fit disparaître son arme, et, remerciant sa force et son grand gabarit, plus qu'utiles dans une telle situation, il s'empara du bois débité, et l'emmena rapidement à la grotte.
Il déposa le tout non loin d'Hécate, toujours inconsciente, à l'exception d'une grosse bûche.
Quelques pierres trouvées dans la grotte lui suffirent pour délimiter un âtre digne de ce nom, dans le coin le plus reculé de l'alcôve de pierre.
Il récupéra la bûche abandonnée un peu plus tôt, et d'une vive poussée d'aura qu'il étouffa presque aussitôt, il l'enflamma, manquant se brûler les doigts au passage…

Une dizaine de minutes plus tard, un bon feu crépitait et répandait peu à peu sa chaleur autour des deux princes.
Prudent, Baal l'entretenait avec attention, veillant bien à ce qu'il faiblisse le moins possible, tout en ménageant sa réserve de bois mort.
Certains morceaux, plus exposés à la neige que d'autres, lorsqu'ils formaient encore un arbre, prenaient moins bien que d'autres, et ils devaient sans cesse faire attention à ce qu'un morceau trop humide n'étouffe pas le petit brasier qui ronronnait doucement à présent.

Malgré tout, Hécate ne semblait pas aller mieux.
Il avait beau savoir qu'être exposée si peu de temps à la chaleur n'aurait aucun effet, qu'il lui faudrait plus de temps pour se réchauffer, la voir ainsi immobile, les lèvres légèrement bleutées ne le rassurait pas le moins du monde…
Une fois encore, comme de trop nombreuses fois depuis qu'il avait trouvé cet abri, elle frissonna.
Il ignorait s'il devait voir cela comme un bon ou un mauvais signe…
Peu enclin à réfléchir, il constatait simplement que Hécate, si fière et si vive, frissonnait violemment quand elle ne tremblait pas durant quelques secondes avant de se remettre à frissonner….

Le pauvre Baal hésita une seconde.
Après tout, Hécate ne lui avait rien demandé…
Certes, elle n'était pas vraiment en état de demander grand-chose mais…

Il rajouta une bûche dans le feu.
Une douce chaleur se répandait lentement dans la grotte, et surtout dans l'alcôve de pierre où il avait installé l'ancienne déesse…
Mais malgré le feu, et malgré son aura qu'il répandait juste assez pour réchauffer l'atmosphère autour d'eux, la jeune femme frissonnait toujours de temps à autre, et ses lèvres semblaient vouloir garder la teinte tout juste bleutée qu'elles avaient prises…

Plus indécis que jamais, le Prince Démon de la Guerre restait partagé.
Soit il restait ainsi, au risque de la voir mourir de froid et de la perdre, soit il allait près d'elle lui donner une chaleur directe, en plus de celle du feu et de son aura, qu'il ne pouvait entièrement déployer au risque d'être repéré…

Quand un nouveau frisson la parcourut, si brusque celui là qu'elle gémit, il agit avant même d'y penser.
Délaissant son imposante apparence de Baal, il redevint simplement Georges, l'ancien archange, et vint s'installer près d'elle.
Avec mille précautions, il s'allongea à ses cotés, lui offrant une protection supplémentaire contre les courants d'air, en plus de celui, même rudimentaire, que la grotte leur offrait déjà…
Juste assez près d'elle pour la réchauffer, mais pas assez pour la toucher, il minimisait ainsi les risques de violente tempête au réveil…
Peut être même verrait-elle la nécessité de son geste…

Plus figé qu'une statue, il ne pouvait se résoudre à se détendre simplement et s'endormir…
A chaque instant elle risquait de s'éveiller, et à chaque instant, elle risquait de l'assommer de sa haine et de ses insultes…
Pourtant…
Un fin sourire vint s'inscrire sur ses lèvres quand son regard se porta sur la jeune femme endormie près de lui.
Elle était si paisible, si calme…
Peu à peu, elle semblait moins tétanisée par le froid, et son aura se réchauffait doucement, très lentement…
Avec un léger soupir de soulagement, le Prince de la Guerre se détendit un peu lui aussi.
Il lui suffirait de rester là encore quelques heures, son aura légèrement étendue autour d'elle pour qu'elle regagne vite des forces. Avec un peu de chance, elle serait sur pieds dès le lendemain matin….
Il s'assit, toujours en veillant bien à ne pas la toucher, et rajouta deux grosses bûches dans le feu, qui crépita joyeusement.
La petite flambée commençait à faire son effet, et le renfoncement de pierre dans la grotte s'emplissait peu à peu de chaleur que même lui sentait nettement, malgré son aura légèrement déployée…
Confiant à présent dans leur confort pour la nuit à venir, il se rallongea près de l'ancienne déesse, et se laissa captiver une nouvelle fois par la douceur et la paix qui émanait d'elle dans son sommeil…
De temps à autres, il remettait du bois dans le feu, qui crépitait doucement près d'eux…
Avant même qu'il s'en aperçoive, la fatigue le rattrapa lui aussi…
Il bailla plusieurs fois à s'en décrocher la mâchoire, dévoilant deux petits crocs blancs…
Bientôt, et malgré tous ses efforts, le sommeil se fit trop lourd pour ses yeux, et il dut fermer les paupières…
Juste pour quelques minutes, se promit-il….
Juste pour quelques minutes…

*****

Un léger frisson courut le long du dos de l'ancienne déesse….
Entre le sommeil et la veille, elle se rappelait vaguement la bataille, la neige, le froid, l'humidité de ses bottes….
Pourtant elle était bien, juste là…
Il faisait chaud…confortable…

Elle ouvrit subitement les yeux.
Une présence, une douce chaleur près d'elle, l'enveloppant comme une couverture…
Une vague de panique la menaça une seconde quand elle sentit le bras passé autour de ses épaules et la main dans son dos, mais elle la repoussa bien vite.
Baal.
Ce n'était que Baal allongé près d'elle.
Et Baal sous son apparence de Georges…

Peu à peu, elle sentit la colère monter et s'étendre.
Comment ce meurtrier osait-il l'approcher??
Comment cet être qui avait massacré les siens osait-il la garder contre lui dans son sommeil, alors qu'elle dormait elle aussi??
Comment pouvait-il avoir l'audace de lui offrir un peu de chaleur alors que la tempête faisait toujours rage dehors??
Et….Et de quel droit la protégeait-il du froid en se mettant entre elle et l'entrée de la grotte??
Et d'ailleurs, qui lui avait demandé de l'emmener ici?? Elle se serait très bien débrouillée sur le champ de bataille, à bout de force, sous des dizaines de cadavres et…

Un courrant d'air traître s'insinua dans l'alcôve de pierre, et sans même y réfléchir, elle se blottit contre le Prince de la Guerre. Aussitôt un petit soupir de contentement lui échappa.
Il n'y avait probablement rien de meilleur qu'être au chaud alors que la neige et le vent se déchaînait dehors….
Elle se détendait peu à peu, profitant du reste de bois qui crépitait non loin, doucement rongé par le feu, et de la chaleur de son compagnon d'infortune quand elle se souvint de qui il s'agissait….
L'assassin, le meurtrier, le boucher, le barbare, l'ancien archange….
Le père de ses fils.

Prête à bondir hors de portée si jamais il se réveillait, elle leva lentement les yeux…
Baal, sous son apparence de Georges, dormait paisiblement.
Les yeux clos, un petit sourire aux lèvres, il était loin du Prince Démon des conseils de Dis.
Ses cheveux châtains cachaient tout juste les deux petites cornes qui ornaient son front, et quelques boucles s'accrochaient à elles quand elles ne se perdaient pas sur sa joue…
Bercé ainsi dans les bras de Morphée, il n'avait plus rien du puissant guerrier armé de sa hache, pourfendant et découpant les armées ennemies…
Là, endormi, il tenait plus du petit garçon rêvant et rêveur que du Prince sanguinaire…

Malgré ses efforts pour rester en alerte, elle se détendit peu à peu.
Elle avait beau faire, rester sur ses gardes face à ce coté-ci de Baal lui était impossible, même si c'était ce visage qui la hantait encore, parfois, quand elle repensait aux siens…
Elle n'avait en face d'elle qu'un homme, rien de plus.
Pas un archange déchu, pas un Prince Démon…

Un autre courant d'air trouva son chemin dans l'alcôve de pierre où Baal les avaient installés pour la nuit et elle frissonna.
Le feu n'offrait plus guère de protection, et son rempart le plus efficace contre le froid dormait du sommeil du juste…
Cette fois encore, elle se blottit légèrement contre lui, et retint à peine un petit soupir de contentement en sentant sa chaleur l'envelopper comme une couverture…

De plus en plus faible face à cette situation inhabituelle, l'ancienne Déesse tentait de se convaincre…
Un assassin la réchauffait, un meurtrier qui avait exécuté les siens sans pitié aucune lui donnait un peu de chaleur et de confort dans cet alcôve de pierre…
Mais c'est justement parce qu'un assassin sans cœur ni pitié ne l'aurait pas ainsi protégée du froid qu'elle doutait et qu'elle était tentée…
Tentée de se laisser aller, tentée de se comporter en simple femme, et d'oublier pour quelques heures de sommeil la rancœur, la haine qu'elle gardait contre lui, et de ne garder que…le reste.

Se souvenir uniquement qu'il était le père de ses fils, se souvenir de l'unique étreinte qu'ils avaient partagée, n'en garder que le plaisir, et le réconfort quand elle s'était reposée dans ses bras ensuite…
Chasser pour quelques heures seulement le massacre et le combat qui les avaient opposé, la colère et le mépris apparents…
Se faire simplement femme entre ses bras…

Et finalement, tel un papillon sort de sa chrysalide et sèche ses ailes neuves au soleil, elle délaissa son habit terne et austère de Prince Démon pour renaître simplement femme dans les bras de Baal…
Et à défaut de soleil, c'est dans sa chaleur que ses nouvelles couleurs prirent vie une à une…
Avec un léger soupir, elle se laissa un peu plus aller contre lui…mais soudain se figea.
Le Prince de la Guerre bougea dans son sommeil et elle retint de justesse le hoquet de surprise et le mouvement de recul qui menacèrent quand son bras se glissa autour de sa taille fine…
Alors que son cœur battait toujours la chamade, celui du Prince de la Guerre gardait le même rythme régulier…
Un fin sourire effleura ses lèvres et elle ferma les yeux, prête à dormir dans ces bras puissants, quand lui se figea.
Lentement elle leva les yeux et croisa les siens…
Avec cet air de petit garçon perdu qu'il arborait toujours quand pris au dépourvu, il la regardait.
Une lueur craintive au fond de ses prunelles bleues, il attendait l'orage d'insultes et de colère que ne manquerait pas d'engendrer son geste…
Elle le fixa un long moment, regagnant en une seconde le cocon qu'elle venait juste de quitter.
Le pauvre Baal retira doucement son bras de ses hanches, comme s'il risquait de l'abîmer s'il se montrait trop brusque. Le regard fuyant, il attendait, comme à chaque fois qu'ils se retrouvaient face à face, qu'elle lui jette son mépris et sa haine à la figure…
Il avait de longtemps abandonner l'idée simple de lui être indifférent…
Jamais il n'obtiendrait son pardon, quoiqu'il fasse, et en vérité il n'était pas certain de le mériter…
Prisonnier de ce regard ébène, il n'osait bouger en attendant les coups, quelle que soit leur forme, qui ne venaient pas…
Il attendait la tempête inévitable qui pourtant ne se levait pas…

"- Tu…vous…vous aviez froid et….j'ai…je…

C'est dans ce genre de situations qu'il aimait son apparence de prince.
Il pouvait se cacher sans prendre la fuite…
Toujours incapable de croiser son regard, il ne voulait pas la voir crier ni hurler…Il ne savait jamais comment agir alors, et tout ce qu'il pouvait bien faire ou dire ne faisait qu'aggraver les choses…
Il ne voulait pas la voir en colère ni haineuse…
Il voulait juste la voir dormir encore…

Enfin, à son plus grand soulagement, elle se retourna et lui offrit son dos comme seule vue.
Il soupira en silence, et se prépara à dormir…pour mieux se figer à nouveau.
Quand il baissa lentement les yeux il ne comprit pas tout de suite.
Hécate, à quelques mètres de lui une seconde auparavant, pressait presque son dos contre lui.
Peu désireux de déclancher la tempête à laquelle il venait d'échapper, il leva son bras gauche quand Hécate fut trop près, au point de le toucher…
Mais elle ne s'arrêta pas pour autant.

Ce n'est qu'une fois callée confortablement contre lui malgré ses piètres tentatives de fuite qu'elle cessa de bouger.
Et avant même qu'il n'ait pu songer à comment s'installer, elle saisit sa main gauche et la guida…
Quand son bras fut à nouveau autour de sa taille elle soupira.
Loin de Dis, de ses troupes, de sa mission…
Pour quelques heures de sommeil, elle s'offrait le luxe d'être papillon et non plus chenille.
Avec un nouveau soupir, elle ferma les yeux, et le petit sourire qu'elle avait avant qu'il ne s'éveille ne tarda pas à revenir effleurer ses lèvres…
Juste avant qu'ils ne sombrent tous les deux, épuisés…

*****

Un méchant rayon de soleil s'obstinait.
Juste sur ses yeux, il lui rappelait fermement que le jour était levé et qu'il était grand temps pour lui d'en faire autant.
Le cédant finalement au petit rayon de lumière, il ouvrit les yeux…
Seul, comme il s'y attendait, il contempla un moment la place qu'avait occupée Hécate toute la nuit durant.
Il attendait toujours l'orage de colère et d'insultes, et ne doutait pas qu'il ne tarderait pas à venir…
Malheureux sans trop savoir pourquoi, il tissa très vite son aura et reprit son imposante apparence…
Après tout, Baal n'était jamais malheureux lui…
Il faisait juste peur, mais n'était pas malheureux, et ne se sentait pas seul en s'éveillant les bras vide de toute présence…
Avec un dernier regard pour l'alcôve de pierre, il quitta la grotte et rejoignit Hécate.
Quelques mètres au dessus de l'entrée, elle scrutait l'horizon à la recherche d'un repère….

Quand elle le vit, elle lui jeta à peine un regard.
Terminé les ailes colorées et la douce chaleur pour la bercer…
En s'éveillant dans les bras de celui qu'elle prétendait seulement haïr de toute son âme, elle s'était offert un plaisir simple mais tellement précieux…
Elle si forte, si puissante, s'était pourtant sentie protégée entre les bras de l'ancien archange…
Elle s'était laissée aller à cette vie éphémère de papillon, bercée par la chaleur de son soleil…
Mais bien vite, le soleil des autres avait rappelé sa condition de chenille et elle était naturellement redevenue Hécate, Prince Démon de la Police….
Elle avait délaissé ces bras si forts et si tendres et pour justifier sa fuite, cherchait à présent le moindre indice pouvant indiquer le chemin du retour…

Au nord-est, la fumée d'un feu de camp et l'étendard de Baal flottaient.
Minuscules dans l'horizon certes, mais bel et bien là.
En silence ils se mirent en route.
Un travail important les attendait et ils le mèneraient à bien, pour la sécurité de Dis, de ses habitants, et de leur Seigneur…
Un mince sourire vint pourtant se peindre sur les traits de l'ancienne déesse.

Pour certains, il aurait été décevant, pour d'autres, dérisoire…
Mais pour elle, ce premier butin qu'elle venait de gagner cette nuit était le plus précieux d'entre tous…

~ F i n ~

Mise à jour le Samedi, 10 Juillet 2010 21:41
 

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